Tizi Ouzou/Histoire

Vieilles cités de Kabylie

La capitale de la Kabylie est de fondation récente. En fait son existence ne remonte guère au-delà de trois siècles !

Si Tizi Ouzou est souvent donnée comme la capitale de la Kabylie, c'est qu'elle l'est vraiment : c'est une grande ville, et elle est de plus, depuis près de trois décennies, la capitale de la culture berbère. Son université où a été créé le premier département de langue berbère en Algérie, rayonne sur tout le centre et, depuis quelques années, elle connaît un grand développement.

Le nom de Tizi Ouzou signifie en kabyle ''le col des genêts''. Uzzu ou azezu est, en effet, le genêt épineux, autrefois très abondant dans la région mais dans le champ ne cesse de se réduire au point de disparaître. La première partie du nom, Tizi, ''le col'' provient de l'existence d'un passage de près de 3 km de large par lequel on peut contourner les gorges du Sébaou.

Ce passage était-il connu des Romains ? On l'ignore, mais il faut supposer que les armées de Rome, dans leur traversée de la Kabylie, devaient l'emprunter pour se rendre de Rusuccuru (Dellys) à Saldae (Béjaïa) , en passant par Bida Municipum (Djammaa Saharidj) et Tubusuptus (Tiklat),

Des auteurs français, tel que Carette, dans son livre Etudes sur la Kabylie proprement dite ont signalé, au 19ième siècle, des traces de voie romaine au lieu dit Ihesnaouan (Hasnaoua), à Tighecht, lieu dit Tamda et à Aïn Meziab, près de Mekla. On aurait également retrouvé d'autres traces de voies entre Tizi Ouzou et le confluent de l'oued Aïssi et du Sébaou. Mais tous ces vestiges ont disparu, depuis, ce qui a fait douter de leur existence.

Allant plus loin sur les traces de la présence romaine à Tizi Ouzou, l'historien J. Mesnage, soutient qu'il y avait au nord du Sébaou quatre cités romaines : Taouarga, Tikobaïne, Agouni Tamdint et Agouni Thabet, qui se trouve au nord de la localité de Fréha. Mais on ne dispose d'aucune information certaine sur ces cités, jusqu'aux noms qu'elles portaient. En fait, la seule cité connue , parce que citée par les auteurs anciens, et parce que disposant encore de vestiges est Bida Municipum, Djamaa Saharidj. Il n'y a aucune trace d'établissement antique sur le site de Tizi Ouzou.

Une ville ne semble pas, non plus, avoir existé à l'époque médiévale. En effet, les géographes musulmans du Moyen âge qui s'étendent sur des villes kabyles, comme Dellys (Tadllest), Souk Hamza (Bouira), Al Naçiria (Béjaia) ou Timzizekt (Tiklat), ne disent rien de Tizi Ouzou.

C'est que la capitale de la Kabylie est de fondation récente. En fait son existence ne remonte guère au-delà de trois siècles !

On sait que les Turcs, dans leur progression en Kabylie, cherchant à soumettre les populations à l'impôt, ont pénétré dans la vallée de la Sébaou au début du 18ième siècle.

Vers 1715, ils ont construit, sur la rive droite du fleuve, au lieu dit Tazaghart, un bordj ou fort, chargé d'abriter leurs troupes. Mais ils se sont vite rendu compte que le bordj, situé dans une zone découverte, au pied de la montagne et non en hauteur, était très exposé. Les Kabyles, hostiles à la présence turque, ne manquent pas, en effet, de l'attaquer et de le détruire, chassant les Turcs de la région.

Au 19ième siècle, à l'arrivée des Français, on pouvait encore voir des vestiges du fort de Tazaghart. Louis Robin qui, en 1870 a visité les vestiges, écrit à propos de ce bordj :

''Les ruines qui restent encore du bordj de Tazaghart font voir que ce fort n'avait pas plus de 30 m de long sur 15 m de large. Il était d'une construction solide. On y distingue encore parfaitement les créneaux et les embrasures des canons.''

La destruction du fort de Tazaghart ne décourage pas les Turcs qui veulent, plus que jamais s'implanter en Kabylie. C'est alors qu'ils décident de la construction d'une place forte, un nouveau bordj, cette fois-ci sur l'emplacement de la ville de Tizi Ouzou.

Le bordj de Tizi Ouzou est, au départ, assez modeste et ne devait pas être plus grand que son prédécesseur de Tazaghart. C'était un poste d'observation, chargé de surveiller les mouvements des montagnards, avec quelques bâtiments pour abriter les soldats, les chevaux et les collecteurs d'impôts.

Ali Khodja renforcera le bordj, puis créera celui de Boghni et surtout celui de Tadmaït, le plus solide et le plus grand de toute la Kabylie.

Le bey Mohammed Ben Ali, dit Al Debbah, l'égorgeur, agrandit le fort de Tizi Ouzou, augmentant ainsi le nombre de soldats, donc renforçant la présence turque. Le fort est attaqué à plusieurs reprises par les montagnards mais ceux-ci ne parviennent pas à le prendre.

Voici la description que E. Carette en fait en 1840 :

''Les Turcs avaient construit, jadis, à Tizi Ouzou, une forteresse entourée de murs de cinq à six mètres d'élévation, dans laquelle ils entretenaient cinquante hommes ; elle était, en outre, munie de plusieurs bouches à feu, pourvue d'embrasures aux angles et sur les faces. Elle pouvait contenir seize pièces, mais n'en conserve que dix. Ces pièces avaient été amenées de Dellys sur des traîneaux à roulettes. Le Bordj, qui était solidement construit, refermait un four, un puits et un moulin. Il y avait, près de la porte, une source ombragée de trois trembles.''

Le bordj s'agrandissant, une sorte d'agglomération civile se crée autour de lui : des familles turques mais aussi des familles algériennes, berbérophones, descendues des montagnes, ou arabophones, venues de Dellys ou des Issers, des Kouloughlis, métis de femmes algériennes et de soldats Turcs, dont les descendants habitent encore à Tizi Ouzou.

Les Français, comme les turcs, chercheront à pénétrer dans le massif kabyle pour le dominer, mais la résistance sera telle qu'ils mettront longtemps avant de parvenir à leurs fins. Ce n'est qu'en 1844, soit quatorze ans après la prise d'Alger, que Bugeaud s'emparera de Bord Menaëil, puis de Dellys. Baghlia est prise, puis Tadmaït.

Le bordj de Tizi Ouzou est convoité mais il ne sera pris qu'en 1851, au cours de l'expédition du général Cuny qui s'est soldée par le massacre de centaines de personnes.

Le bordj de Tizi Ouzou, devenu la place forte de l'armée coloniale, est utilisé, en 1854 pour investir le Djurdjura. Mais l'armée du général Randon se heurtera à la résistance de Lalla Fadhma N' Soumeur, et il faudra encore plusieurs années avant que l'ennemi ne s'empare de la Kabylie.

Après la conquête du bordj de Tizi Ouzou, les Français réaménagent le fort. Ils l'agrandissent, en construisant des casernes et des entrepôts, pour loger les soldats. Par la suite, des baraques sont érigées par des civils européens, des commerçants, qui travaillent avec l'armée. C'est le noyau primitif de la ville, qui ne va cesser de s'agrandir.

L'administration ayant décidé de l'installation de colons dans la région, les propriétaires des terres sont expropriés. En bordure de la route traversant le col, des maisons sont édifiées : elles vont former la grande rue du village colonial qui se crée.

La ville de Tizi Ouzou naît officiellement le 27 octobre 1858, par décret impérial. Cette ville était à l'origine distincte du village ''musulman'', appelé également ''village indigène'', la séparation étant effective entre les Européens et les Algériens, puis les deux villages finissent par se fondre en un seul.

Ainsi est né Tizi Ouzou, la plus grande cité de Kabylie.
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# Posté le mardi 19 février 2008 10:08

L'héritage toponymique de la Kabylie

L'héritage toponymique de la Kabylie

Le premier intérêt de l'étude des toponymes est de fournir des points de repère pour localiser des lieux et les mémoriser. La mémoire humaine ne peut se rappeler de tous les lieux, et si on ne les nommait pas on serait obligés à chaque fois de décrire la position, l'emplacement, donner des caractéristiques pour reconnaître le lieu en question.

La toponymie, dont l'objet d'étude est le nom de lieu, est une discipline aujourd'hui classée dans la linguistique ou science du langage et des langues.

Elle relève de l'onomastique ou étude des noms propre qui comporte, en plus des noms de lieux, l'étude des noms de personnes ou anthroponymie. Le champ de la toponymie étant très vaste, la discipline est subdivisée en plusieurs branches :

-Hydronyme : ou étude des cours d'eau, des ruisseaux, des sources, des oueds etc.

-Oronyme : ou étude des noms de sommets : montagnes, collines, vallons, plateaux, ainsi que des reliefs plats, comme les plaines,

-Odonyme : ou étude des noms de voie de communication, comme l'étude des noms de rues ou de monuments

-La microtoponymie, qui s'intéresse aux lieux dits, peu ou pas habités etc.

Dans de nombreux pays, la toponymie fait l'objet de recherches et dispose même de chaires à l'université. C'est que la toponymie n'est pas seulement une affaire de patrimoine, c'est aussi une question de souveraineté : elle est la marque indélébile de l'histoire d'un pays, de ses frontières et de sa personnalité. Dans les pays coloniaux, la décolonisation est souvent suivie de vastes remaniements toponymiques : C'est le cas de l'Algérie où après 1962, la plupart des villes dont le nom a été francisé ainsi que les agglomérations issues de la conquête, ont retrouvé leurs anciens noms ou acquis de nouveaux noms algériens.


Pourquoi faut-il étudier les toponymes ?
Le premier intérêt de l'étude des toponymes est de fournir des points de repère pour localiser des lieux et les mémoriser. En effet, la mémoire humaine ne peut se rappeler de tous les lieux, et si on ne les nommait pas on serait obligés à chaque fois de décrire la position, l'emplacement, donner des caractéristiques qui pourraient permettre de reconnaître le lieu en question.

Dans beaucoup de cas, les noms semblent être essentiellement des noms propres et ne s'emploient que pour désigner des endroits (on ne peut leur trouver, du moins à l'époque moderne, des significations), l'écrasante majorité des autres recourent au vocabulaire usuel pour désigner ces endroits, en nommant les caractéristiques qu'on leur attribue, caractéristiques relatives à la forme géographique, à la végétation, à la faune, à la couleur... Parfois, l'information porte sur les populations qui habitent encore aujourd'hui dans ces lieux ou y ont habité : tribu, clan, fraction de clan, parfois encore, c'est un saint, qui donne son nom au lieu.

Il s'agit là de renseignements précieux pour le géographe, le géologue, le botaniste, le zoologue, l'historien, l'ethnologue... Quand on lit dans la presse que parmi les villages kabyles connaissant une sévère pénurie il y a Tigulmimin, il suffit de se retourner vers la toponymie pour apprendre qu'il n'en a pas toujours été ainsi, puisque tigulmimin signifie ''bassin d'eau naturel'', et qui dit bassin naturel, alimenté par les pluies, il y a des rivières, des sources, des puits etc. La toponymie, à elle seule, permet d'énumérer les différents types de réserves d'eau disponibles sur le territoire national: puits (lbir, anu, tirset), source (aïn, tala, aghbalou, leinsar), oued, fleuve (nahr, asif), ruisseau (ighzer), bassin naturel, lac d'eau salée (sebkha) etc. C'est toute la carte hydrologique de l'Algérie qu'on peut constituer et qui peut rendre compte des ressources de l'Algérie.

La toponymie vient apporter aussi son témoignage quand il s'agit de reconstituer la faune ou la flore antiques.

Ainsi l'éléphant, disparu à la fin de la période romaine est présent dans Aïn Talut, localité de la région de Tlemcen. On sait que l'éléphant est mentionné au Maghreb par les auteurs anciens, comme Hannon, le fameux voyageur carthaginois et Hérodote, le géographe grec. Les Carthaginois ont utilisés les éléphants comme animal de combat. Ils les ont emmenés avec eux en Sicile durant la première guerre punique, puis en Espagne. Les rois berbères ont en fait le même usage : dans la ''Guerre de Jugurtha'', Salluste indique que le roi numide a perdu 44 éléphants dans une bataille contre les Romains et Juba 1er a donné aux Pompéiens 120 bêtes pour combattre Jules César.

Déjà, dans l'antiquité, plusieurs auteurs signalent, pour l'Algérie et la Tunisie, des localités, portant le nom latin ou grec de l'animal : ainsi Elephantaria, peut-être un évêché dans les montagnes dominant la Mitidja, Castellum Elephantum, non loin de Constantine, Elephantaria, dans la vallée de la Medjerda etc. comme on sait que les auteurs anciens avaient tendance à traduire les toponymes africains dans leur langue, ces dénominations ne sont peut-être que la traduction de dénomination locale. Toujours pour ce qui est de l'éléphant, une localité antique conserve au moins son nom autochtone : Telepte, à lire telefte, (p latin transcrivant souvent f berbère, comme c'est le cas dans Tipaza<Tifeche) berbère moderne tileft, ''sanglier'' mais qui a pu désigner l'éléphant. Cet animal ayant disparu, son nom a peut être été affecté au sanglier. Aujourd'hui le seul dialecte berbère à conserver le nom de l'éléphant, élou/tellout est le targui : les éléphant ont également disparu du Sahara, mais chez les touaregs, son nom est encore porté comme prénom.

On peut dire aussi la même chose de l'ours de l'Atlas, dont l'existence aux temps historiques est remise en cause par les spécialistes, et évoqué par des toponymes, notamment celui de Aim Dhob.

Combien de végétaux, d'essences aujourd'hui disparus subsistent, comme des vestiges, hélas fossilisés, dans la toponymie... à titre d'exemple, le genêt épineux, qui a donné le nom de Tizi Ouzou, est aujourd'hui devenu rare... De nombreux villages de Kabylie s'appellent Boumlal, nom de la marguerite, aujourd'hui disparue en de nombreuses contrées. Tadmaït est probablement le nom du palmier nain, auquel on attribue aujourd'hui, en pays kabyle, soit le nom du palmier dattier, tazdayt, soit le nom emprunté à l'arabe dialectal, doum.

La toponymie, comme objet linguistique

Le toponyme, c'est aussi un ''objet'' linguistique mais un objet figé dans un contexte linguistique soumis à l'évolution. Son étude permet donc de remonter aux formes les plus anciennes de la langue, de déterminer les transformations que celle-ci a pu subir au plan phonétique ou morphologique. Dans le cas du berbère, c'est même, en l'absence de textes, le moyen qui donne le mieux accès à la langue antique, notamment à son vocabulaire : alors que les auteurs grecs et romains et les stèles libyques déchiffrées ne livrent qu'une vingtaine de mots sûrs, la toponymie permet d'élargir le glossaire à plus d'une centaine de termes Il est vrai que la méthode qui consiste à poser les étymologies en établissant des rapports entre les formes anciennes et modernes peut manquer de rigueur mais dans l'état actuel de la recherche, c'est la seule qui permette d'éclairer quelque peu le sens des mots libyques.

Le toponyme est encore le meilleur témoin des pratiques linguistiques anciennes, le vestige de langues disparues. Les présences phénicienne et romaine en Algérie sont également attestées par des toponymes : c'est le cas de Jijel, provenant du punique, ou de Aïn Roua, où Roua est la déformation de Horréa, mot signifiant en latin ''entrepôts à grains''. Le nom complet de Aïn Roua était Horrea Aninicensis, dont le second élément se retrouve dans le nom du Djebel Anini, où se trouve la ville.

Le berbère, disparu, parfois depuis longtemps de nombreuses régions, est largement demeuré dans la toponymie de ces régions, tantôt modifié au point de ne pas être reconnu, tantôt conservé tel quel. Ainsi, Tiaret où il n'y a plus de berbérophones depuis longtemps, a conservé son nom de Tiaret, déformation du berbère Tihert, en cours au Moyen âge et signifiant le ''lion''. C'est encore le cas de Aïn Témouchent, composé arabo-berbère de aïn ''source'' et de témouchent ''chacal femelle'' etc. Et encore, les campagnes de débaptisation et rebaptisation qui ont suivi l'indépendance ont fait disparaître, intentionnellement ou non, avec les noms coloniaux, de nombreux toponymes berbères.

Quand on évoque la toponymie de la Kabylie, il convient de s'interroger avant sur l'emploi du mot ''Kabylie''. Même si beaucoup de Kabyles l'emploient aujourd'hui, même dans leur langue maternelle, il n'appartient pas au fond toponymie originel.

Naissance du toponyme ''Kabylie''

Autrefois, quand on parlait de Kabylie, les Kabyles eux-mêmes utilisaient non pas un terme spécifique mais des noms de villes : 'Bordj Bouira, Bordj Tizi Ouzou, Bgayet (Béjaïa), etc. Mais surtout des noms de tribus qui peuplaient les régions en question : ainsi, on disait Igawawen, Ath Betrun, Ath Weghlis, Ath Abbas, etc.

Le mot arabe qaba'îl, qui donnera notre Kabylie, ne semble pas avoir été employé dans le sens d'une spécification régionale. En effet, il semblait plutôt indiquer les tribus berbères, aussi bien en Algérie qu'au Maroc. Ce sens apparaît, par exemple, dans le Rawd' al qirt'as, quand l'auteur anonyme évoque les armées mérinides : il prend soin de distinguer justement entre les contingents berbères, largement majoritaires qui formaient ces armées, et qu'il appelle les qaba'il, des contingents arabes. A partir du 16 siècle le mot qaba'il va être repris par les auteurs européens pour désigner aussi les populations berbérophones du Maghreb. On parle des qaba'ïles du Maroc (à propos des Chleuh et des Rifains), puis la dénomination sera surtout réservée aux populations du Nord de l'Algérie. Ainsi, certains documents parlent des Kabaïles de l'Aurès, de l'Ouarsenis, de la Mitidja, etc. Il faut attendre l'ère coloniale pour voir l'intérêt des Français se porter sur une région, qui allait combattre de toutes ses forces pour la liberté. Mais jusqu'à la fin du 19e siècle, on a continué de désigner sous le nom de Kakyles des populations berbérophones, comme celles de la région de Tipaza. L'administration française va forger, à partir du mot arabe, déformé en kabyle, le nom de Kabylie. Le même processus a été observé à partir du nom arabe d'Alger, al Djaza'ïr, littéralement les îlots, pour former le mot Algérie.

L'arabe, qui ne connaissait, au départ que de le mot Qaba'ïl, va forger, sur le modèle du français Bilâd al Qaba'îl, qui deviendra, par abréviation, al Qaba'îl, terme commun pris comme collectif.

Les géographes ont pris l'habitude de diviser la Kabylie en trois grands ensembles : la Grande Kabylie ou Kabylie du Djurdjura, la Petite Kabylie, du Djurdjua oriental au montagnes de Jijel, et la Kabylie Orientale dont la ville principale est Bouira. Dans la tradition kabyle, on se contente de Tamurt n Leqbayel, dénomination générale, qui n'englobe que les régions berbérophones.

Une autre dénomination autochtone pour la Kabylie ?

Les Algériens arabophones désignaient les Kabyles, autrefois, par le terme Zwawa, pluriel de zwawi. On désignait également langue kabyle par le mot zwawiya, des dénominations qui sont remplacés, aujourd'hui par qbayli, et le féminin qbayliya, pour désigner à la fois la femme et la langue. Les anciennes appellations, Zwawi, zwawiya, ne sont plus utilisés qu'en Oranie. On en trouve également des traces dans la toponymie algéroise : ainsi Zouaous, dans le quartier de Delly-Ibrahim.

Traditionnellement, azaoua est pris comme une déformation du mot agawa, de l'ancienne confédération des tribus du Djurdjura. Aujourd'hui on émet l'hypothèse que cette dénomination n'est pas la dénomination d'une région mais des Kabyles. Du coup, on remet en question l'étymologie de agawa, et on en fait une dénomination des Kabyles. Le principal argument est que Azwaw est un prénom et un nom de clan répandu en Kabylie. Or, non seulement on n'a pas de traces que les Kabyles aient porté un tel nom, mais on peut dire que d'autres noms de tribu et de clan kabyles, attestés également comme prénoms dans le passé : Waghlis, Yaala, n'aient pas fourni de pareilles dénominations.

Anciennes dénominations de lieux kabyles : tribus et fractions

Beaucoup de noms de lieux kabyles étaient désignés par les tribus qui les habitaient. Parfois, le nom de la tribu suffit pour nommer le lieu : ainsi, on dit Aït Raouna, à 148 km d'Alger, où des sépultures préhistoriques ont été découvertes, les Ouadhias (francisation de Iwadhiyen), etc. Aujourd'hui encore, on continue à dire : ''Je vais aux Aït Yanni'', c'est-à-dire la région traditionnellement habitée par cette tribu, ou alors, ''Je vais aux Aït Waglis'', lieu habituel de la localisation de cette tribu. Il est certain que l'indication est vague, puisque chaque région, autrefois attribuée à une tribu, peut comporter plusieurs villages. Si l'on veut être précis, il faudra alors citer les villages.

Dans la toponymie actuelle, de nombreux villages gardent les anciennes dénominations ethniques. Ainsi, on a, par exemple :

-Larba Nath Yiraten, littéralement ''le souk de la tribu des Nath Yiraten'' où on s'approvisionnait, notamment en bestiaux

-Larba Nath Ouacifs, ''le souk des Ouacifs'', tribu des Ath Ouacifs ou ''gens du fleuve''

-Larba Nath Ouaglis, ''le souk des Aït Ouaghlis'', du côté de la vallée de la Soummam.

D'ailleurs, cette habitude de donner un lieu de marché pour les tribus se retrouvent en dehors de la Kabylie : ainsi, dans la région d'Alger, Larba Beni Moussa.

Le nom de la tribu est parfois accolé à d'autres noms qui, en général, représentent des caractéristiques géographiques : ainsi, Drâa Ben Khedda, où l'arabe drâa, littéralement ''bras'', a le sens d'élévation. Certains noms de tribus sont également accolés à des sommets : ainsi, dans les environs d'Azazga, on peut citer Tamgout de Nath Djennad ou, un peu plus loin, Tfrit Nath El Hadjj. Des forêts portent encore des noms de tribus : ainsi, on partant de Azazga, on passe dans le forêt de Bou Hini et la forêt des Beni Ghobri, la tribu, autrefois célèbre au Moyen âge pour avoir fourni des jurisconsultes.

Certaines dénominations ne figurent plus dans la toponymie, mais elles sont restées dans la mémoire populaire. Ainsi, Thénia, sur la route d'Alger à Tizi Ouzou, porte aujourd'hui un nom arabe, signifiant ''colline'', son nom était, autrefois, Tizi Nath Aïcha, ''le col des Nath Aïcha'', de la tribu kabyle qui l'habitait. D'ailleurs, le nom est parfois arabisé en Thénia des Beni Aïcha', exact pendant du toponyme kabyle. Le nom de tribu kabyle est souvent composé avec Ath (orthographié parfois en Aït), mais la cartographie française l'a souvent arabisé en Ben : c'est pourquoi, sur les cartes, comme sur les pancartes, on lit souvent : Beni Yenni, là où il faudrait lire Ath Yanni, Beni Abbes, là où il faudrait lire Ath Abbas, etc. Il a fallu attendre ces dernières années pour voir apparaître la forme originelle des toponyme.

Les hagiotoponymes

Les hagiotoponymes sont des noms associés à des saints. De nombreux noms de villages et de hameaux, qui ont abrite des saints, portent généralement leurs noms : ainsi Sidi Mansour, Sidi Yahia, Sidi Aïch, etc. Ces saint, dont les mausolées sont encore attestés, ont historiquement existé, mais certains saints semblent hypothétiques. Ainsi, dans la wilaya de Béjaïa, on cite un Sidi Rayhân, ''le Saint de la myrte'', que la seule légende évoque.

Certains noms kabyles ont été contestés et on y a vu des déformations qu'on a prises pour des noms de saints. Le cas le plus connu est celui de Baloua, mont de Kabylie, culminant à 700 m et qui borde, au nord, la ville de Tizi Ouzou. La montagne porte le nom d'un saint local, Sidi Baloua, dont le mausolée existe encore. On a parfois vu dans le nom la déformation de Benoit, ce qui a pu faire douter du caractère musulman du saint. Or, non seulement le mausolée est largement antérieur aux Français, qui auraient ''inventé'' le saint, mais le nom de Baloua est bien berbère, puisqu'il est attesté, aujourd'hui encore, dans l'onomastique du Moyen Atlas marocain (voir M. Taïfi). Ce nom se retrouve aussi chez les Touaregs du Hoggar, sous la forme d'Ebelew, féminin Tabelwit.

Les villes kabyles de l'Antiquité et du Moyen Age portent souvent des noms qui, même s'ils ne sont pas toujours identifiables, sont incontestablement.

Toponymie des villes antiques et médiévales

Beaucoup de villes kabyles ont porté, dans l'Antiquité et le Moyen آge, des noms berbères, ce qui atteste de la permanence berbère. On peut citer le nom ancien de Dellys, Rusuccuru, a été expliqué par le punique: ce serait la forme latine d'un nom phénicien, R'shqr', qui se lit rus ''tête, cap'' et hqr, que l'on a rapproché de l'hébreu, qore ''perdrix'', le mot ayant la signification de ''cap de la perdrix''. Mais on peut aussi proposer une autre explication, qui associerait le berbère au punique : rus ''cap, promontoire'' et berbère aqerru, également ''tête et, par extension, promontoire''. On sait que ce modèle de dénomination, dite tautologique (répétition d'une même idée en termes différents) est attesté dans la toponymie algérienne avec l'exemple de Oued Souf, ''cours d'eau pérenne, en arabe et en berbère''.

Le nom de Djamaâ Saharidj était, dans l'antiquité, bida. Il s'agit certainement d'un nom berbère et on peut le rapprocher d'un toponyme moderne, Tabouda, région marécageuse de la vallée de la Soummam. Pour l'étymologie, on pense, à abuda et à tabuda, nom du jonc des marais en kabyle, ou alors de la masette dans les parlers du Maroc central. Cette étymologie est possible quand on sait que Djamaâ Saharidj est un lieu où abondent les rivières et les points d'eau, avec justement une végétation spécifique, dont les joncs.

Dans le cas de Djamaâ Saharidj, on peut penser aussi à abudid, terme désignant le piquet, ce dernier mot se rattachant à la racine BDD, qui a donné le verbe bded, bedd, ''être debout''.

La ville d'Azeffoun occupait le site de la ville romaine de Ruzurus, qui à ses heures de gloire sous le règne d'Auguste. Aujourd'hui, encore, il en subsiste des vestiges de murailles, de termes et de conduites d'eau. Le nom antique d'Azzefoun, Ruzurus, est sans doute d'origine berbère : il pourrait provenir de la racine RZY, la même qui a fourni Arzew, et pourrait signifier ''rocher, éperon rocheux'' (le même mot a fourni le Targui, arzi ''broche'')..

Finissons cette revue des toponymes kabyles antiques par le nom de Babor, le massif montagneux au nord des Biban et du Guergour. Le nom est également donné à la région entre la vallée de la Soummam et la vallée de l'oued Djendjen. Les Babor sert encore à deux monts jumeaux, (point culminant : 2004 m) et Tababort (1969m).

Tiklalt, au pied du mont Fenaïa, correspondant à l'antique Tubusuptus (appelé également Tubuscum oppidum), à huit lieues de Saldae (Béjaïa). On pense, vu les ruines qui en subsistent que la ville a dû être importante. Les auteurs latins la citent surtout à propos de la guerre de Tacfarinas, qui s'est déroulée en 25 de l'ère chrétienne. Le prince berbère avait occupé la région de la Nasava (Soummam) et assiégé Tubusuptus, mais le proconsul Dollabela, a pu réunir de grands renforts et l'a forcé à lever le camp.

Trois siècles après, c'est un autre prince berbère, Firmus, qui va prendre Tubusuptus.. Mais livré par les siens, Firmus préférera se donner la mort plutôt que d'être prisonnier de l'ennemi.

Le nom antique de Tubusuptus, a une forme incontestablement berbère, avec un t- initial, probablement indice du féminin, quant au p, c'est la transcription romaine habituelle du f berbère dans les noms africains : ainsi, Tipaza, pour tifesh ou Telepté, sans doute pour tileft. Tubusuptu pourrait donc provenir de tubusuftu, où on pourrait reconnaître le mot asif/asuf ''rivière, fleuve'' et le diminutif tassift/tasuft ''affluent'', sans doute par référence à la Soummam.

Au Moyen Age, Tubusuptu change de nom pour devenir Timzizdegt. C'est l'émir Abd el Wadide, de Tlemcen, Abû Tachfin, qui, dans sa tentative d'occuper Béjaïa, a construit une ville fortifiée pour y loger ses troupes. D'après les chroniqueurs, la ville est construite au bout de quarante jours et, placée sur la route de Béjaïa, elle va la soumettre à un blocus. Le nom de Timzizdegt, dérive d'une racine encore vivante dans les dialectes berbères, ZDG, et qui a fourni plusieurs dérivés en rapport avec l'idée de propreté et de pureté. Le mot qui pourrait se reporter le plus à Timzizdegt est fourni par le Ratgui nigérien, amezzezdeg, féminin, tamezezdegt " purificateur "

On a souvent expliquer le mot babor par l'arabe babur, ''bateau'', berbérisé en lbabur et tababort ''petit bateau'', inspiré par la forme des montagnes, mais en fait, cette explication est venue après : en fait, le nom de la montagne vient d'un nom ethnique, antérieur à l'islamisation. Le nom provient certainement de Bavares ou Babares une confédération de tribus berbères de Maurétanie césariennes, citées dans les sources épigraphiques romaines des 3e au 5e siècle de l'ère chrétienne. Les Bavares, que certains auteurs citent, tantôt comme des populations semi-nomades et tantôt comme des populations sédentaires, hostiles à la présence romaine.

Au IIIe siècle, les Bavares se joignent à Firmus, un prince de la tribu voisine des Jubaleni, qui occupait la montagne des Bibans et dont la capitale se trouvait à Souma, dans la région de Thénia, connu encore sous le toponyme kabyle de Tizi Nat 'Aysha. En 372 Firmus s'est révolté contre le comte d'Afrique, Romanus, qui soumettant les populations à un joug insupportable. En plus des Bavares, d'autres tribus ont rejoint les Berbères, ainsi que les donatistes qui étaient nombreux dans la région. Malheureusement, après que les troupes berbères aient enregistré d'importantes victoires, les Romains, jouant comme d'habitude la carte de la division des Berbères, sont parvenus à écraser le mouvement.

Le nom de Béjaïa

La ville de Béjaïa, l'une des plus importantes villes kabyles, a son propre toponyme : Bgayeth. On sait que le toponyme Béjaïa, adopté à l'indépendance, est l'arabisation du premier nom : le g étant écrit dj, pour se conformer à l'écriture arabe, d'ailleurs, une forme ancienne que l'on retrouve chez les auteurs du Moyen آge, donne Bdjayet. Signalons que durant la période romaine, la ville portait un nom latin : les Saldae.

Les auteurs français du XIXe siècle font dériver le nom de Béjaïa de l'arabe baqaya, ''les restes''. Ainsi, Féraud, dans son Histoire de Bougie, raconte d'après des lettres kabyles, qu'après la conquête musulmane, les populations chrétiennes de Constantine et de Sétif, qui refusaient de se convertir, ont cherché refuge à Béjaïa, formant ainsi les ''restes'' de l'ancienne communauté.

Cette étymologie ne correspond pas à celle que donne Ibn Khaldoun dans sa grande Histoire des Berbères : pour lui, Béjaïa tire son nom de la tribu berbère qui habitait la région, les Béjaïa. C'était aussi, selon lui, le nom de la montagne qu'entourait la ville. On sait qu'en 1067, le prince hammadite, Al Nas'îr, s'est emparé de Béjaïa et a fondé sur l'emplacement de l'ancienne ville, une nouvelle cité qui sera alors sa capitale. An Nas'îr (''le victorieux'') va orner la ville de belles mosquées et de magnifiques palais, accueillant des écrivains et des artistes, faisant d'elle une rivale de Tunis et de Kairouan. Al Nas'îr, fier de sa ville, lui a alors donné son nom, al Nas'iriya. Mais ce nouveau nom ne va pas faire oublier l'ancien de Béjaïa. D'ailleurs, c'est sous ce nom que les portulans européens, les cartes maritimes du Moyen آge, la désignaient : Bugia, Buzia, Bugea, Buzana. Les langues européennes vont tirer de ce nom, celui de la bougie et de la basane, la peau de mouton tannée, deux produits importés alors en grandes quantités de Béjaïa..

La ville prend, durant la colonisation françaises, le Bougie, qui est forme francisée de Béjaïa.. A l'indépendance, la ville reprend son ancien nom de Béjaïa, que les populations locales continuent à prononcer Bgayet.

Le nom de Bgayet était peut-être à l'origine Tabgayet, le t initial, marque du féminin étant tombé. Il est peut-être à rattacher à un mot berbères, tabegga, tabeghayt, ''ronces et mûres sauvage'' que l'on retrouve dans des noms anciens ou modernes, de quelques villes du Maghreb : Thouga (transcrit en berbère TBG), l'actuelle Dougga, en Tunisie, Vaga, actuelle Béja, également en Tunisie, Bagaï, actuelle Ksar Baghaï, dans les Aurès etc. On peut aussi, au lieu de dériver le nom d'un nom, le dériver d'un verbe dit de qualité, bgayet, sur le modèle de mellulet ''elle est blanche'', zeddiget ''elle est propre'' etc. Cependant, cette forme n'est pas signalée dans la toponyme algérienne ou maghrébine, qui note plutôt des noms ou des adjectifs : Tamlilit (Melila), Timzizdegt (Tiklalt) etc.
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La toponymie actuelle de la Kabylie

Des villes ont gardé des dénominations berbères en Kabylie, ainsi que les noms des montagnes et des fleuves, mais la colonisation française en a changé beaucoup.
Les dénominations berbères, bien attestées dans l'antiquité, le sont également au Moyen âge. Lorsqu'ils se sont mis à fonder de nouvelles cités, les Berbères –rien de plus naturel- vont leur donner des noms tirés de leur langue.
C'est ainsi qu'en 935 ou 936, lorsque le prince sanhadjien, Ziri Ibn Menad, a fondé sa capitale dans le massif du Titteri, il lui a donné le nom d'Achir, mot provenant de achchir/ ichcher, ''ongle'', sans doute à cause de la forme du site. Le nom est encore conservé mais sous une forme arabisée : al Achir ou al Yachir.
Certains noms kabyles remontent au Moyen âge. C'est le cas du nom de Dellys où il apparaît sous la forme de Tadlest (on lit aussi dans les sources arabes : Tadellest, Tadallis), mot provenant du berbère adles, ''diss, ampelodesmos tenax, une plante rugueuse''. Le nom actuel est la forme arabisée de adles, qui a donné le français Dellys.

Villes et villages ayant changé de noms

Si tout au long du Moyen âge et des période qui ont suivi, la toponymie algérienne a peu changé, gardant globalement une origine berbère ou arabo-berbère, la colonisation française, va la bouleverser, et, dans certaines régions de fond en comble. Et quand elle ne change pas un toponyme, elle le francise ou le couple avec un toponyme d'origine française.
Bgayet (en arabe dialectal Bjaïa) devient Bougie, mot pris de Bagayet et pris comme dénomination de la bougie, parce que la cire qui servait à fabriquer ce produit, provenait justement de la ville qui l'exportait vers l'Europe. Ce nom allait dominer, tout au long du Moyen âge et s'imposer avec la colonisation française.
Sur la route d'Alger à Tizi Ouzou, c'est toute la série des villages coloniaux, devenus plus tard des villes.
On peut citer Ménerville, connue des Kabyles sous le nom de Tizi Nat Aïcha, le col des Nat Aïcha, du nom de la tribu kabyle, qui l'occupait, devenue, aujourd'hui Thénia, mot signifiant en arabe ''col''.
C'est le cas de Naciria, qui succède au village colonial de Haussonvillers, créé par des colons venus de l'Alsace et la Lorraine, occupées par l'Allemagne, après la guerre de 1870. Les Kabyles l'appelaient La'zib ''ferme, établissement agricole, habitation isolée dans la campagne''. On disait aussi La'zib n Za'mun, du nom de la tribu qui appartenait à la région. Le village a pris, à l'indépendance, le nom de Si Nacer, un martyr de la guerre de Libération, issue de la région. Mais beaucoup de gens continuent à l'appeler La'zib, comme quoi, la toponymie officielle ne recouvre pas forcément la toponymie traditionnelle. .
On citera un dernier exemple de villes ayant perdu son nom kabyle pour un nom français : Larba Nath Iraten, à 27 km au sud-est de Tizi Ouzou. La ville est réputée pour son artisanat, son marché qui se déroule le mercredi et jusqu'à ces dernières années, par sa grande fête des cerises, occasion à de grandes réjouissances annuelles. Mais Larbaâ Nath Iraten est avant tout le symbole de la résistance à la conquête et à l'oppression coloniales.
Après avoir repoussé, sous la direction de Fadhma N'soumer les assauts du Maréchal Randon, l'héroïne kabyle tombe sous le nombre, le 25 mai 1857. Une grande partie de sa population est massacrée, des dizaines de maisons ont été rasées et, sur la crête la plus élevée est construit un fort, destiné à surveiller la région. Des remparts, entourant la ville, seront élevés par la suite. C'est le maréchal Randon qui a donné au fort, puis à la ville le nom de Fort Napoléon, en reconnaissance à Napoléon III, empereur des Français, qui a encouragé et financé la conquête de la Kabylie. Après la chute de l'empire et l'avènement d'un régime républicain, la ville prend le nom de Fort National qu'elle va garder jusqu'à l'Indépendance. Le nom kabyle, Larbaâ Nath Iraten qui signifie : ''Marché du mercredi de la tribu des Nath Iraten'', lui est donné ensuite. C'était en effet là, à cet endroit, que l'on se réunissait pour vendre le bétail, avant la conquête.

Oronyme et hydronyme

Rappelons que l'oronymie est l'étude des noms de sommets : montagnes, collines, vallons, plateaux, ainsi que des reliefs plats, comme les plaines, et l'hydronymie est ou étude des cours d'eau, des ruisseaux, des sources, des oueds etc.
Les montagnes, les fleuves ne changent pas de nom. Certains noms semblent attestés depuis l'antiquité. Pline l'Ancien, dont on cite plusieurs passages sur l'Atlas, écrit que les populations autochtones appelaient cette montagne Addiris ou Diris, nom qui évoque irrésistiblement le berbère adrar ''montagne'', avec peut-être une finale latine en s. Ce nom pourrait suggérer que Atlas n'était pas autochtone et qu'il pourrait avoir été donné par les Grecs, le nom indigène étant Diris.
On sait que la dénomination de la montagne, en berbère, a survécu au Moyen âge et que l'habitude d'appeler Djebel toute montagne en Algérie, à la place de adrar est une... habitude française ! En Kabylie et dans les pays berbérophones, les montagnes sont désignées sous le nom générique de adrar : Adrar n Djerdjer, Adrar n Ukefadu etc. Les noms propres de montagnes sont restés. Ainsi, Gouraya, nom de la montagne surplombant la ville de Béjaïa, célèbre pour porter le mausolée de la Sainte femme, patronne de la ville, à laquelle la tradition donne le nom de Yemma Gouraya, Mère Gouraya.
La forme de la montagne, qui suggère la silhouette d'une femme étendue, a peut-être justifiée l'appellation, à moins que ce ne soit cette forme qui ait inspiré la légende de la sainte. Mais Yemma Gouraya n'est pas seulement une figure de légende puisque des sources historiques établissent son existence.
Elle est notamment intervenue en 1512 lors de la tentative de Aroudj de délivrer Béjaïa du joug des espagnols. Selon la tradition, Yemma Gouraya, tout comme Lalla Khlidja, vivait en anochrète dans la montagne.
Elle n'était pas mariée et se consacrait à la lecture du Coran et à la prière. On lui prête de nombreux miracles, dont celui de se transformer en colombe pour échapper à ses ennemis. Yemma Gouraya est appelée ta'assast n lbeh'er, la gardienne de la mer, parce que, selon la tradition, elle a arrêté, d'un signe de la main, la mer qui menaçait d'inonder la ville.

D'après le Ghazaouet, Arouj, le chef turc et ses frères, qui manquaient de poudre avaient décidé de se retirer et avaient congédié les centaines de Kabyles venus de la montagne pour délivrer la ville. Yemma Gouraya a alors maudit les Espagnols et a prédit leur défaite. La légende nous apprend encore que Yemma Gouraya était la fille de sidi Ayad, dont le mausolée se trouve à Tifra (Sidi Aïch), elle avait trois s½urs : Yemna Yamna, établie à Béjaïa, Yemma Timez'rit, à Timezrit et Yemma Mezghitan à Jijel.
Une autre chaîne de montagnes de l'Algérie du Nord, en Kabylie, est le Djurdjura : elle domine si bien cette région qu'on a pris l'habitude de désigner celle-ci par Kabylie du Djurdjura, par opposition à la Petite Kabylie, elle, dominée par le massif de l'Akfadou.

En Kabyle, le Djurdjura est également appelé Adrar b°dfel, ''la montagne de la neige'', à cause des quantités abondantes de neige qui y tombent. La neige dure jusqu'au mois d'août, dans les grottes sont plus élevées : autrefois, on en ramenait et on l'utilisait comme rafraîchissement.
Le point culminant du Djurdjura porte le nom d'une sainte, Lalla Khlija, qui vivait dans une grotte, et que l'on surnommait Lalla Khlija tu'kift, la paralytique. Le mont porte aussi le nom de Tamgout n Lalla Khlija, ''le pic de Lalla Khlija''.
Le nom de la montagne est la déformation arabe, puis française, du kabyle jerjer, ou Adrar n Jerjer : le nom provient du verbe kabyle jjerjer ''être élevé, être haut, être plein de pierres, en parlant d'une montagne''. Il s'agit sans doute d'une formation onomatopéïque, une forme analogue existant en arabe classique : djarrara ''terrain déprimé couvert de cailloux'', rapporté à une base jerr ''dresser une grosse pierre, un rocher''.
La ressemblance des deux mots, d'origine onomatopéïque, est sans doute une coïncidence.

La toponymie actuelle de la Kabylie

Nous continuons ici avec quelques hydronymes et des lieux dont les noms réfèrent à la situation géographique.
L'Akefadou est la deuxième chaîne de montagne par laquelle se termine, dans la direction sud-nord, le Djurdjura. On la considère encore comme une voie de communication entre la vallée du Sebaou, en Grande Kabylie, et la vallée de la Soummam, en Petite Kabylie. Mais ces dénominations de Petite et de Grande Kabylie sont des dénominations administrative, datant de la colonisation.
Cet étrange nom, Akefadou, n'a plus de pendant kabyle actuel, mais on peut le rapprocher du verbe encore vivants, dans certains parlers, ekfad, employé pour crème de lait qui déborde, autrement dit pour tout ce qui déborde, comme signe d'abondance. Le nom pourrait signifier ''la montagne des biens abondants''.

Hydronymes

L'un des plus grands fleuves de Kabylie est la Sebaou, long de 120 km environ. Il prend sa source dans la montagne du Djurdjura, près du col de Tirourda et traverse plusieurs localités avant de se jeter dans la mer, dans une plage à l'ouest de Dellys.
Dans la toponymie actuelle, le nom de Sébaou est proche de Seybouse, fleuve de la région de Annaba, dans lequel on retrouve l'élément Seb- et, au Maroc, Sebou, cours d'eau qui se jette dans l'Atlantique. En revanche, un rapprochement avec des oronymes européens, tels Save, en France, pour justifier implicitement une origine latine de asif, doit être écartée : le nom courant du fleuve en latin n'est pas savus mais flumen. Selon une hypothèse récente, le nom de la Sébaou serait Adyma, nom qui semble avoir une consonance berbère.
Un fleuve de Kabylie, la Soummam, qui traverse la Kabylie de Bejaïa, a reçu de nombreuses étymologies : au 19ème siècle, les Français ont voulu l'attacher à un notable de la région, on lui a donné une origine arabe, en le faisant venir de semmam ''le fleuve aux cailles'', du kabyle asemmam ''amer''. En réalité, on ignore l'origine de ce mot, dans lequel on reconnaît, cependant, le mot amam''eau''.

Un autre fleuve de Kabylie est l'Isser qui a donné son nom à la localité qui le traverse. à 64 kilomètres à l'est d'Alger, sur la route d'Alger à Tizi Ouzou. L'oued Yesser traverse l'oued Djemaa, tourne au nord pour se jeter dans la mer. Dans l'antiquité l'oued était appelé Usar, nom qui semble phonétiquement proche du nom actuel. Il faut signaler que l'oued Isser, affluent de la Tafna, en Oranie, portait, dans l'antiquité un nom proche : Isaris. Usaris, Isaris et Isser proviennent probablement d'une racine berbère SRY, illustrée par plusieurs mots, relevés dans différents dialectes : esri " faire courir, laisser galoper un cheval , p. ext. pratiquer la liberté de m½urs (homme ou femme) " sesri " faire courir " tasarayt, pl. tiserayîn " fait de courir, galop , temps " asri, pl. asriwen " liberté de m½urs, actes de liberté de m½urs " amesru, pl. imesra " homme qui pratique la liberté de m½urs " fém. tamesrayt, pl. timesra ; iseriyen, " animaux passant loin du campement " (Touareg) amsari " course à cheval, équitation " (Ouargla) srirrey " agir vite, faire vite, être rapide et efficace " asrirrey " fait d'agir vite, dénouement rapide et heureux " (Maroc Central) isrir " être dégagé (ciel) , être libre (local) " (Kabyle).
Le nom de la vallée et du cours d'eau qui la traverse, Ighzar, a fourni plusieurs exemples de toponymes, dont Ighzer Amokrane '('la grande Vallée, le grand ruisseau'').

Villes et villages

De nombreux villages portent le nom de ''village'', taddart, en Kabyle, avec parfois une spécification : Taddart Ufella, le Village du Haut, et Taddart Bbwadda, le Village du Bas.
Le nom de la ville, disparu du kabyle, est conservé par la toponyme. Ainsi, on peut citer Ighram, localité de Petite Kabylie, sur la rive gauche de la Soummam, non loin d'Akbou. C'est même l'une des rares attestations en Kabylie ighram, attesté dans d'autres dialectes. Le sens général du mot est agglomération et se retrouve en touareg : ighrem ''ville, bourg, village'', taghremt " petit village, petit château'', en néfousi, aghrem, ''ville''en mozabite, aghrem, " cité, ville, ville entourée de remparts, village'', en zenagi, dialecte de Mauritanie, irmi ''village, agglomération sédentaire''. Dans les parlers du Maroc central dans le groupe tamazi$t, ighrem a le sens de ''village, village fortifié'' et de ''magasin à grain'', le diminutif tighremt a le sens de ''maison fortifiée'', ce sens se retrouve également en tachelhit : igh$remt, ''maison fortifiée, maison pourvue de tours'', et le masculin igherm a plusieurs sens secondaires : ''mur de soutènement d'une culture, ruines d'une habitation, etc.
Des qualificatifs suivent parfois le nom du village ou de la ville. Ainsi, par exemple, Tamokra, village de la région d'Akbou, au sud-est de Béjaïa, connu, dans toute la Kabylie pour sa zaouia et sa station thermale, tous les deux portant le nom de Sidi Yahya Al Aïdli. Tamokra est l'abréviation de Tamoqrant, c'est-à-dire Taddart Tamoqrant, ''le grand village, le gros bourg''.

Dénominations géographiques

On sait que dans de nombreuses langues, la toponymie, pour traduire le relief, utilise les parties du corps humain. Ainsi, en kabyle iglil ''le bras'' (colline, monticule), ixef ''la tête'' (pour la montagne), aarur ''dos'' etc.
Dans la catégorie des Ighil, on peut citer Ighil Ali, village de Kabylie, à 20 km au sud d'Akbou, dans la tribu des Aït Abbas, sur le versant nord de la chaîne des Bibans. Ici, Ighil est déterminé par un nom propre d'homme, Ali, dont on ignore l'origine.
C'est le cas également d'Ighil Ouantar, village de Kabylie, à quelques kilomètres au nord de Seddouk. Le village est célèbre par ses salines, Tamallah't en kabyle, exploitées depuis les temps immémoriaux par les populations locales.
Ighil Ouantar signifie La colline de Antar, où antar est un nom propre d'origine arabe signifiant ''fort, preux''.

Le mot ighil est parfois couplé à un mot kabyle : par exemple Ighil Bbammas, chez les Aït Menguelat.
Ifri est la dénomination de plusieurs villages, de grottes et de lieu-dits en Algérie et au Maghreb. L'Ifri le plus célèbre, en Algérie, est le village situé sur le versant ouest de la Soummam, dans la wilaya de Béjaïa et où s'est déroulé, le 20 Août 1956, le congrès dit de la Soummam, qui a réuni les responsables du FLN et qui a pris des décisions politiques importantes sur l'avenir de la Révolution. Le village, qui relève de la tribu kabyle des Ouzellagen (d'où le nom souvent donné au village, Ifri-Ouzellagen, pour le distinguer d'autres Ifri) est aujourd'hui transformé en musée de la Révolution. Le mot ifri provient d'une racine berbère, FRW, qui a fourni un verbe, afer, ''creuser'', aujourd'hui attesté uniquement dans le parler berbère de Qalat Sned, en Tunisie, et des dérivés divers , tafrawt, pluriel tifrawit ''trou'', dans le même parler, tafrawt, pluriel tifrawin, ''auge'' en touareg, tafrawt, pluriel tiferwin, '' cuve du moulin à huile dans laquelle on triture les olives'' , au Djebel Nefoussa, ''bassin de réception d'un puits'', en chleuh, et surtout ifri, pluriel ifran, ''grotte, trou, rocher esacarpé, abri sous roche (Djebel Nefoussa, Maroc central, chleuh, kabyle, chaoui etc.).
Un autre lieudit, Ifrène, à quelque km au nord-est de Toudja où se trouvent les vestiges de l'aqueduc romain qui, sur une vingtaine de kilomètres, portait l'eau à la ville de Saldae (Béjaïa).
Au niveau du col d'el Hanaïat, on peut voir encore les restes des piliers qui le portaient et qui atteignaient 15 m. Près du village d'el Habel, l'aqueduc passe sous un tunnel de 500 m de long. D'après les sources, c'est le vétéran Nonius Datus, de la troisième légion, qui a dirigé les travaux de creusement. Ifrène est le pluriel de ifri ''grotte'' (voir Ifri). Le col, appelé tizi en kabyle, a fourni Tizi Ouzou, sur laquelle nous reviendrons à propos de la botanique. Le toponyme est très courant en Kabylie et se retrouve même dans d'autres régions berbérophones.
Le nom de la ''source'' est tala, également répandu en Kabylie. Si Tit, autre nom berbère de la source est absent en Kabylie, on rencontre, mais rarement Aghbalu, l'une des montagnes surplombant Toudja, dans la région de Béjaïa.

La toponymie actuelle de la Kabylie

Altitude, flore et végétation se retrouvent largement dans la toponymie kabylie.
L'altitude se retrouve dans des mots comme tizi et surtout adrar. On la retrouve également dans des mots sortis de l'usage aujourd'hui. Ainsi, Toudja, village à 22 km à l'ouest de Béjaïa, construit autour d'une résurgence de rivière souterraine qui alimente de luxuriants jardins, où poussent toutes sortes de fruits savoureux. Toudja se rattache sans doute au verbe berbère référant à l'altitude : adjdj ''être au-dessus de, p. ext. veiller, regarder de haut'' d'où iggi ''lieu élevé''(touareg), jjaj ''se pencher pour voir, épier'' (ouargli), agg ''voir d'un lieu élevé un endroit placé plus bas'' d'où uggug ''barrage, digue'' (Maroc central), sidjdj ''regarder d'en haut'' (rifain) etc. Le kabyle n'a pas conservé le verbe mais en dérive la particule nnig ''au-dessus de''. Le toponyme réfère à la position du village.
Le bourrelet s'appelle iâkouren en kabyle. On peut citer comme exemple de lieu, Yakouren, forêt et village se trouve à 800 mètres d'altitude : c'est un relais de chasse très connu et un lieu d'excursion, autrefois très fréquenté par les touristes. Yakourène est la déformation du kabyle i'akuren, au propre ''bourrelet, aspérité, et par extension, tout ce qui dépasse, qui peut gêner'', dans le vocabulaire géographique, a'ekkur est une élévation de terrain, bourrelet et colline. Le mot dérive du verbe 'ekker, 'ukker '' être en bourrelet, par extension être difficile''.
Parmi les localités kabyles connues, citons Guenzet, à 10 km au nord de Zemmoura, dans la région de Bordj Bou Arréridj, dans ce que l'on appelle la Kabylie orientale. Longtemps centre de la grande tribu kabyle des Ath Ya'ala, Guenzet est entourée de nombreux villages dont certains comportent de vieilles mosquées. Au 19ième siècle, et bien qu'il n'y ait aucun vestige de ruines, le Français Charrette l'a identifiée avec l'antique Equizetum, station romaine sur la route de Setifis (Sétif).
Il est vrai que le nom est phonétiquement proche de Guenzet mais cette étymologie a été depuis rejetée. le nom de guenzet est la forme arabisée de tagenza, l'une des variantes du berbère tawenza, au propre, ''front'', dans la toponymie, flanc de montagne, barrière montagneuse
Tigzirt, station balnéaire et petit port de pêche de la Kabylie maritime, à 125 km à l'est d'Alger. Le site a été occupé depuis la préhistoire et, aux temps historiques on pense que tigzirt doit son nom à l'ilôt qui se trouve à quelques dizaines de mètres de l'ancien port, en kabyle, tigzirt. Comme le mot est isolé en berbère, on songe à une origine arabe, djazira, mais le mot peut aussi provenir du phénicien, le site ayant été occupé par les Carthaginois, langue proche de l'arabe, ou alors appartenir à un fonds commun aux langues chamito-sémitiques.
Hammam Guergour est une localité à 110 km de Béjaïa, sur l'oued Bousellam, un affluent de la Soumam, à la sortie des gorges de Guergour. Hammam Guergour est surtout connu pour sa station thermale. Le nom est berbère : il provient de akerkur, kerkur, arabisé en gergur, au propre ''pierre placée pour délimiter une frontière, tas de pierres commémorant un événement''

Flore et végétation

Nous n'allons pas aborder ici tous les noms afférant à la flore : ainsi, les Boumlal (''marguerite''), Boudafel (''Lierre '') etc. sont nombreux dans toute la Kabylie. Par contre, nous allons citer quelques noms qui se sont rendus célèbres dans le passé.
On peut citer, parmi les sites préhistoriques de la Kabylie, Draâ Zeboudja, lieudit, dans la région de Bordj Ménaïel. Une aire de cuisson des poteries, remontant à la protohistoire y a été découverte. A 1,5 km de ce lieu se trouve une aire de cuisson entourée de murs semi-circulaires, en pierres sèches, qui s'enfoncent dans le sol, soit pour alimenter les foyers, soit pour permettre la circulation de l'air. Selon les spécialistes, cette aire a pu fonctionner comme centre de cuisson de poterie. Le nom de Draaâ Zeboudja est un composé arabo-berbère, formé de draâ ''bras'', et zeboudja/ tazebbujt ''oléastre ou olovier sauvage.
Tarihant est un village de la commune de Boudjima, dans la wilaya de Tizi Ouzou (130 km, à l'est d'Alger). Le village se trouve non loin d'un site préhistorique, notamment des gravures rupestres, aux lieux-dits Azrou Imedyazen (''Rocher des poètes), Azrou Uzaghar (Rocher de la plaine) Garuna etc. Tarihant est la berbérisation de l'arabe al rayêan ''basilic''.

Comme nom référant à la végétation, on peut citer un quartier dans la banlieue est d'Alger, appelée par les Français Maison Carrée, par référence au bordj turc qui s'y trouvait sur une rive du fleuve et qui s'appelait Bordj al Qantara, forteresse du pont, ou bordj al Agha, forteresse de l'agha, et construit en 1724. Les Français ont occupé le bordj dès 1830, après la conquête d'Alger.
Le mot “al ثarrac” vient de l'arabe “êirâsh”, pl. aêrash ''forêt, bois'', ici, ''lieu boisé, lieu avec végétation touffue''. On le retrouve en kabyle sous la forme taêaôact, pluriel tiêaôacin, avec les mêmes significations. Taêeract et tiêaôôacin se retrouvent dans la toponymie kabyle (par exemple tiêaôôacin, zone industrielle dans la région d'Akbou).
Autre nom redevable à une plante : Feraoun, commune à 50 km au sud-est de Béjaïa. La région est connue depuis les temps immémoriaux par sa production de sel, aujourd'hui encore assurée, quoi qu'en quantité moindre par les villages d'Imallahènes, littéralement ''les producteurs de sel''. Selon la légende, c'est un saint de la région, Sidi Ahmed A'adnan, dont un village, I'adnanen, porte le nom, qui, d'un coup de canne, a fait monter d'une source le sel. En réalité c'est la chaleur du soleil qui fait remonter, de la saline le sel. Si le nom d'Imellahène a bien été inspiré par le sel, celui de Feraoun, le chef-lieu de la commune, lui, a été fourni par la flore locale : Féraoun, un des noms kabyles du coquelicot. ...
On connaît l'étymologie de Tizi Ouzou, dont le nom signifie ''le col des genêts'', en raison du passage, large de 3 km, par lequel on peut contourner les gorges du Sébaou.. Le genêt, cet arbrisseau épineux à fleurs jaunes, était autrefois très abondant dans la région. Aujourd'hui, il est devenu rare, les terrains ayant été défrichés pour la construction. Signalons qu'au sud-est de la ville, un lieu dit porte le nom d'El Guendoul, gendul étant la dénomination en arabe dialectal du genêt.

Tadmaït est une localité sur la route de Tizi Ouzou, à 86 km d'Alger, sur la rive gauche de l'oued Sébaou. La ville actuelle a été créée par les Français, qui lui avaient donné le nom de Camp-du-Maréchal par référence à la conquête de l'Algérie et qui l'avaient peuplée de colons alsaciens qui avaient fui leur pays après son annexion par l'Allemagne en 1870. Le nom kabyle signifie ''palmier nain'', arbre autrefois abondant dans la région.

La faune

Ifira est une grotte située entre les villages d'Aourir et d'Ifigha, dans la wilaya de Tizi Ouzou, sur le versant ouest de la montagne d'Aourir. La grotte, qui contient une inscription libyque, a été signalée en 1909 par S. Boulifa, puis décrite la même année par R. Basset. Le nom d'Ifira ressemble à celui d'Ifigha, le village situé non loin de la grotte, celle-ci étant souvent appelée Grotte d'Ifigha, mais les deux noms doivent être distingués. Ifigha signifie ''serpents'', terme inusité en kabyle, mais conservé dans d'autres dialectes berbères, Ifira est l'un des pluriels attestés de ifri ''grotte, caverne'', l'autre forme étant ifran (voir Ifri*).
M'chedallah, ville à 42 km à l'est de Bouira, à une altitude de 450 m. La ville actuelle a été construite en 1882 par les Français qui lui ont donné le nom de Maillot. Le nom de M'chedallah, en kabyle, imchedellen, provient du nom d'une fourmi rouge à gros yeux, amceddal, pluriel imchedallen, qui a dû être abondante dans la région.
Koudiat Aserdoun est un barrage qui sera, à son achèvement le deuxième d'Algérie. Il est implanté sur l'oued Yesser, dans la commune de Maâla, au sud de Lakhdariaé, à 35 km de Bouira. Les travaux, confiés en 1993 à une entreprises italienne, devaient être achevés en 1998, mais le terrorisme les a stoppés et ils n'ont repris qu'en 1999. Les intempéries ainsi que tremblement de terre du 21 mai 2003, qui ont provoqué un glissement de terrain les retardent de nouveau. Des travaux d'aménagement sont entrepris pour prévenir d'autres glissements.
L'ouvrage, une fois achevé pourra alors alimenter en eau potable et en eau d'irrigation plusieurs wilayas : Alger, Bouira, Tizi Ouzou, Djelfa, Msila, la ville de Boughzoul (Médéa) la Mitidja-Est et( la zone des Issers. Le nom du barrage, Koudiat asedoun, est un composé de l'arabe kudia, kudiat, '' gros rocher, par extension, colline rocheuse'' et du berbère aserdun ''mulet'', autrement dit, ''le rocher, la colline du mulet''.





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# Posté le mardi 19 février 2008 10:05
Modifié le mercredi 05 mars 2008 02:13

Le HOGGAR

Le HOGGAR
# Posté le mardi 20 novembre 2007 10:14

FREHA

FREHA
LA JEUNESSE DE FRÉHA DÉSEMPARÉE Par : Hacène AOUIDAD



Dans une région aux potentialités agricoles riches, des jeunes sont installés dans le chômage, l'oisiveté, le trabendo ou pris dans la navigation Internet dans les divers cybercafés ouverts à travers le chef-lieu communal.

En empruntant la RN 12 pour aller de Tizi Ouzou vers Azazga (37 km), à 7 km avant le chef-lieu de la commune de Fréha, un panneau représentant une brebis lève le voile sur l'aspect agricole de la localité. Regardée de loin en ces matinées glaciales de février, la localité offre à la vue un épais nuage de brouillard flottant à la surface du sol, laissant apparaître à peine les terrasses des derniers étages des bâtiments de la cité des 300-Logements, située à l'entrée de la ville. La percée des premiers rayons du soleil annonce déjà une journée ensoleillée, pendant que la fragile brume l'enveloppant entamait sa fonte en se dissipant peu à peu.
En pénétrant au centre de Fréha, le visiteur verra, comme première image devant ses yeux, des gens se dépêchant à rejoindre leurs lieux de travail au rythme incessant des klaxons de véhicules se croisant et s'arrêtant aux embouteillages permanents, devenus ces derniers temps à ce niveau un véritable casse-tête pour les automobilistes. À moins de 40 km du chef-lieu de la wilaya, la commune de Fréha, avec ses 25.000 âmes réparties sur 21 villages et bourgs, est considérée comme l'une des plus importantes de la daïra d'Azazga, vu la densité de sa population mais aussi sa position géographique se caractérisant par différents chemins d'accès et de liaisons qui permettent de rejoindre les autres cités, telles que Aghrib, Azazga, Souk El Hed (Timizart), Azeffoun...
Le nombre important de personnes qui transitent quotidiennement pour rallier Tizi Ouzou illustre amplement le caractère de la densité d'une population diversifiée la fréquentant ou y vivant. Malgré cette vivacité de marées humaines et d'un trafic routier intense à longueur de journée, Fréha accuse néanmoins un énorme retard en matière de développement local.
Une situation qui se répercute négativement sur la vie des habitants en général et des jeunes en particulier. En effet, mis à part les petits jobs et les bricoles occasionnelles, le chômage est devenu un cauchemar qui hante l'esprit des jeunes, dont certains, pour y échapper momentanément se résolvent à verser dans l'alcool et la petite délinquance, une pratique qui, à terme, aboutit plutôt dans la dépression et le désespoir.
Dans un cybercafé, les yeux rivés sur l'écran, comme des dizaines d'autres internautes, Hamid, technicien en électricité bâtiment, dit qu'il s'est retrouvé au chômage forcé après avoir travaillé tout juste quelques mois chez un privé, alors qu'il ne cesse de sillonner les chantiers de la région dans l'espoir d'être embauché.
En vain ! “L'Internet, c'est un autre moyen d'évasion pour oublier un tant soit peu notre amer quotidien”, s'est-il désolé. Avec l'arrivée de l'ADSL dans cette commune depuis l'an dernier, le Net est devenu quelque chose qui “se consomme 24/24 et sans modération”, une autre façon pour eux de “tuer le temps”, non sans quelque espoir de croiser sur leur chemin une Européenne ou une Américaine à inviter... avec comme objectif une proposition de mariage, acte perçu ici par la jeunesse comme une lueur d'espoir dans leur horizon bouché.
“J'ai un ami qui s'est marié avec une Française l'été passé, malgré le refus de sa famille, car beaucoup plus âgée que lui, mais la différence d'âge n'est pas importante de son point de vue, surtout quand il s'agit de s'extirper du bourbier de la misère pour aller s'installer définitivement à l'étranger”, ajoute notre vis-à-vis d'un air convaincu.

Des potentialités agricoles à l'abandon
Il faut rappeler que la commune de Fréha recèle d'énormes potentialités en matière d'agriculture, avec ses surfaces cultivables, ses sources d'eau en abondance, une main-d'½uvre disponible et expérimentée....
Les exploitations agricoles se comptaient par dizaines, voire par centaines, tant l'élevage de bovins et d'ovins faisait la renommée de toute la contrée. “Je me souviens encore, il y a quelques années, de la beauté de ces vaches paissant à satiété dans les vastes champs d'herbe et qui, en fin d'après-midi, se précipitaient vers une fontaine d'eau fraîche qui jaillissait juste à la place de ce bâtiment”, dira Dda Mohand, le doigt levé en direction de l'un des immeubles de la cité des 300-Logements, comme pour nous expliquer à quel point le béton abâtardit la majorité des terres agricoles des plaines qui faisaient la fierté de Fréha. Aujourd'hui, il n'en reste que quelques lopins semés de cultures vivrières, tout juste suffisantes pour une famille.
Ce secteur est délaissé par la majorité des paysans attirée vers d'autres activités plus avantageuses, comme le commerce, le transport, la maçonnerie... “La physionomie de cette commune a beaucoup changé. Les constructions poussent comme des champignons... Le temps où les pastèques et autres melons de Fréha, qui pesaient jusqu'à 15 kg l'unité, se vendaient à un prix symbolique est décidément révolu”, ajoute Dda Moh avec un air plein d'amertume et de nostalgie. Pour donner un nouvel essor à l'agriculture dans cette région, l'État a encouragé des agriculteurs par des aides allouées aux éleveurs en zones rurales. Dans le cadre du programme de l'habitat rural, la commune a bénéficié ainsi de quelque 360 aides dites des 50 millions de centimes. Toutes les aides ont été distribuées à leurs bénéficiaires et l'opération se déroule dans de bonnes conditions, apprend-on.
Ce programme est lancé afin de permettre de fixer les habitants dans les villages et de mettre un terme à l'exode rural qui ne cesse d'étouffer les centres urbains. C'est encore une forme d'encourager les villageois à reprendre les activités liées à l'agriculture.

Hacène AOUIDAD Copyright (c) LIBERTE 2008 www.liberte-algerie.com
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# Posté le samedi 17 novembre 2007 05:48
Modifié le lundi 18 février 2008 09:50

Rien à dire

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# Posté le samedi 17 novembre 2007 05:44

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